Charles Claoué 1897 - 1957


Charles Claoué, naquit le 26/08/1897 à Sète (Hérault), et décéda le 18/02/1857 à Paris 16ème, d'un accident de la route à la Porte Maillot. Il était le fils de Raymond Claoué, docteur en médecine et chirurgien. Il fut aussi médecin mais spécialisé dans la chirurgie esthétique. Il monta une clinique au 12 avenue Alphand, à Paris 16ème, que son fils Bernard et ses petits enfants continuèrent.

Ceci est un article du Paris Match n°197, du 20 au 27 décembre 1952, sur le procès opposant Charles Claoué à l'Ordre des Médecins.



L'Ordre des Médecins déclare la Guerre à Claoué fabricant de nez.


Vingt-deux médecins se sont déjà suicidés parce qu'ils avaient été interdits par le Conseil de l'Ordre des Médecins.
Le docteur Charles Claoué est toujours vivant.

En 1945 il a été interdit pour trois ans. En janvier 1952, il a été de nouveau interdit pour un an. Aujourd'hui il est traduit en correctionnelle pour exercice illégal de la médecine. C'est le procès médical le plus curieux de l'année. Avec une insolente indifférence, le docteur Claoué, l'un des plus célèbres chirurgiens esthétiques de France, a continué d'exercer sa profession en dépit des ukases qu'a décernés contre lui l'Ordre des Médecins.

En sept ans il a "refait" 3.000 nez parisiens. Martine Carol, Jany Holt, Hélène Perdrière et Marie Daëms ont lancé sur tous les écrans de France le "nez Claoué". Tous ces nez, veut démontrer aujourd'hui l'Ordre des Médecins, sont illégaux.

Légalement, en effet, le docteur Charles Claoué n'a pas le droit d'exercer la médecine ni d'opérer le nez de ses patients.

L'affaire peut paraître incompréhensible au public non initié aux dessous des querelles médicales. Le docteur Charles Claoué est régulièrement diplômé. Il exerce ouvertement son activité de chirurgien esthétique depuis 1927. Sur le plan médical il est compétent, efficace, utile.

Ce ne sont pas les malades qui l'attaquent.

Ce sont les médecins, ses pairs. Les arguments de l'accusation sont variés. On lui reproche d'avoir un goût trop vif de la publicité journalistique, de diriger des journaux dans lesquels ses talents de chirurgien sont exagérément vantés.

Il semble que ces arguments soient des prétextes. La dernière et la plus agissante des raisons de la guerre que l'Ordre des Médecins a déclarée au docteur Claoué, c'est l'appui qui l'a accordé aux guérisseurs. On ne lui pardonne pas d'avoir pris parti pour ces derniers dans la lutte qui les oppose depuis quelques années à la médecine officielle.

L'appartement du docteur Claoué, avenue Alphand, est devenu le quartier général des francs-tireurs de la médecine. Il s'est intitulé lui-même "le général en chef" de la "médecine libre". Il organise des manifestations, patronne des congrès, dirige des journaux, qui réclamment la reconnaissance légale des guérisseurs. Ce goût de la fronde lui est venu avec les premières persécutions dont il fut l'objet de la part de l'Ordre des Médecins après la Libération. Il fut accusé de collaboration. La chambre civique l'acquitta, mais l'Ordre des Médecins le suspendit néanmoins. Le docteur Claoué ne lui a jamais pardonné ce qu'il considère comme une mesure arbitraire.

En brandissant contre l'Ordre le drapeau des radiesthésistes, magnétiseurs et mages, en proposant, suprême provocation, un statut des guérisseurs, le docteur Claoué a déclenché la guerre. Il est probable que l'Ordre des Médecins ne le lâchera pas avant d'avoir obtenu contre lui une condamnation nette.

Les victimes de cette escarmouche entre le franc-tireur et les orthodoxes seraient surtout les clients du docteur Claoué. La chirurgie esthétique ne s'adresse pas seulement aux vedettes de cinéma. Elle est l'ultime recours des disgraciés de la nature, de ceux qu'une difformité du visage transforme en névrosés. Le premier client du docteur Claoué ne fut pas une star mais un pauvre pion de province, cible des moqueries des jeunes élèves, à cause de son nez tordu. D'ailleurs, la majeure partie de sa clientèle vient du corps enseignant. Les enfants ne pardonnent pas les inperfections physiques et spécialement les oreilles décollées, a remarqué le docteur Claoué. Dans la mesure où son art contraint la nature, la chirurgie esthétique peut paraître antinaturelle. Mais dans la mesure où elle impose les canons de beauté aux caprices de la physiologie, elle constitue une victoire de l'esprit sur la matière.

Par son ambition, la chirurgie esthétique s'élève au-dessus des objectifs de la médecine ordinaire. Elle n'a pas pour but d'obliger la matière à rester dans sa voie normale, c'est-à-dire la santé. Elle vise à la transfigurer.

C'est en argumentant sur ce point que le docteur Claoué a découvert la faille par laquelle il pense échapper au procès que lui a intenté l'Ordre des Médecins.

"La chirurgie esthétique, objecte-t-il, est une activité distincte de la médecine." Elle ne s'adresse pas au malade, mais au bien portant. Un ethéticien ne peut donc, selon lui, être attaqué pour exercice illégal de la médecine.

Reportage de Gilbert Graziani et Daniel Filipacchi














Biographie


Né le 26 août 1897 à Sète (Hérault), Charles Claoué fait ses études de médecine à l'université de Bordeaux pendant la première guerre. Son père, médecin, chirgien militaire pendant la Guerre de 1914-1918, réparant les blessés de la face, lui conseille d'aller à Vienne, ville renommée pour son excellence en chirurgie du visage et du nez, notamment sur les mutilés de guerre. Il complète sa formation à Berlin auprès d'excellents chirurgiens. Il lui montra comment faire un visage et notamment un nez.

Il épouse Isabelle Singrün le 22 novembre 1920 avec laquelle il a un fils, Bernard. Devenu professeur d'anatomie à Bordeaux, il est nommé chef de service d'oto-rhino-laryngologie à la suite de son père et se spécialise dans la chirurgie réparatrice, pour refaire les « gueules cassées » de la Grande Guerre.
Il fit divers travaux sur la constitution morphologique de la matière vivante. Il crée parallèlement le premier enseignement libre et privé de chirurgie réparatrice en collaboration avec des médecins tchèques. Il participe également à la création en 1931 de la Société française de chirurgie plastique, dont il devient secrétaire général, ainsi que le premier Congrès international de chirurgie plastique.

Il créa un cours de chirurgie réparatrice en collaboration avec Prague et le premier enseignement libre et privé de chirurgie réparatrice suivie pendant plus de cinquante ans par divers médecins français et étrangers.

Lors de ses études en Autriche, il rencontre des étudiants allemands, qu'il reverra ensuite pendant la Guerre de 1939-1945, lors de l'occupation. Les allemands ont alors considéré Charles comme leur ami, et il devait les autoriser à assister aux opérations. Il lui arrivait aussi d'aller manger avec eux chez Maxim's, ce qui lui a vallu d'être considéré comme collaborateur.

La fille du Général Giraud était prisionnière en Allemagne avec un enfant et une nurse. Elle mourut. Les allemands ont voulu faire venir des médecins pour constater la mort. Il prirent Charles, qui leur dit qu'il n'était pas médecin légiste, mais qu'il signerait le papier de la mort s'il ramène la nurse et l'enfant à Paris. Il n'a jamais eu de remerciement.



Il publie une technique de plastie mammaire puis ouvre un cabinet dans le XVIe arrondissement de Paris, 12 avenue Alphand, et acquiert une notoriété telle qu'il devient le chirurgien esthétique attitré des vedettes.
Cependant, la Seconde Guerre Mondiale éclate. Sous l'Occupation, il retrouve des chirurgiens allemands, qu'il avait rencontrés lors de ses études en Autriche. Ils le considèrent comme un ami. Ils lui demandent de leur apprendre ses techniques, et d'assister aux opérations, ce qu'il est obligé de faire. Il lui arrivait aussi d'aller manger avec eux chez Maxim's. Suite à ces échanges avec le régime nazi, Charles opère de nombreux juifs afin de les sauver de la déportation. Dénoncé pour cette activité, il apprend à temps que la police va venir le chercher pour l'emmener à Drancy et décide de partir pour Cognac (Charente), où les autorités allemandes le retrouvent. Il ne peut que fuir, et il se laisse pousser la barbe.
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La fille du Général Giraud, emprisonnée en Allemagne avec son enfant et sa nurse, mourut. Les allemands demandèrent à Charles de constater la mort accidentelle. Répondant qu'il n'était pas médecin légiste, il accepte de signer le papier de la mort en échange d'une relative tranquillité, et du rapatriement de la nurse et de l'enfant, ce qui lui vaudra d'être accusé de collaboration à la Libération avant d'être relaxé par le tribunal.

Interdit de l'Ordre des Médecins, il n'a pas cessé d'opérer.

En 1949, Charles Claoué, président du CEBEM (Centre d'études biologiques et médicales), décide avec Charles de Saint-Savin, magnétiseur, de regrouper les guérisseurs de France et crée le Groupement national pour l'organisation de la médecine auxiliaire.
Lien : Site du GNOMA

Grâce au travail de sa belle-fille, épouse de Bernard Claoué, et collaboratrice Madeleine Meunier, il parvient à acquérir les 6 étages de l'immeuble où est installé son cabinet en seulement 3 mois et inaugure en 1950 la Clinique esthétique Alphand.
Lien : www.clinique-alphand.com

Il écrit plusieurs livres dont Une Imposture (1952), et le plus connu est Le Mal d'Hippocrate, publié en 1950 aux éditions de la Liberté.
(J'ai d'ailleurs ces livres achetés sur eBay !)
  • Le Mal d'Hippocrate

  • Une Imposture

  • A propos des nez ensellés.

  • Les inclusions d'ivoire.

  • L'Esthétique mammaire à travers l'histoire

  • Données anatomiques en vue de la chirurgie réparatrice mammaire
    Par C. Claoué et I. Bernard. Paper. Pp. 58, 36 illustrations. Paris: Librairie Maloine, S. A., 1935.

  • La Constitution morphologique de la matière vivante d'après l'enseignement de M.J. Kunstler

  • Société de Chirurgie réparatrice plastique esthétique

  • La chirurgie réparatrice dans ses rapports avec la jurisprudence. Paris, Maloine, 1935. In-8, broché, 29 pages

  • Pour un statut de la Médecine libre (proposition de loi présentée par le Docteur C. Claoué).

Il publie une technique de plastie mammaire. Il se consacre à la chirurgie esthétique, branche dans laquelle il acquit une grande célébrité. Il eu l'occasion de corriger le visage de nombreuses vedettes et personnalités connues. Il organisa avec le savant Jean Painlevé les congrès du cinéma scientifique et réalisa d'excellents films, dont : Docteur Claoué 1930, 5 minutes, Noir & Blanc De Jean PAINLEVE Muet La chirurgie correctrice, ancêtre de la chirurgie esthétique.

Il fut le défenseur de guérisseurs justifie-t-il par « cordialité ».

Il fut le premier d'une lignée de chirurgiens esthétiques reconnus en France et en Europe. Son fils Bernard Cloué s'installa à la clinique Alphand à Paris dans les années 1940. Il décéda très jeune à l'âge de 46 ans, tombé d'un bateau lors d'une régate entre l'Espagne et la France.
Il eu l'occasion de corriger le visage de nombreuses personnalités connues au 12 avenue Alphand d?abord au premier étage qui était transformé en un cabinet de chirurgie ambulatoire. Les patients arrivaient une heure avant l'intervention, se reposaient sur un lit une heure ou deux après et l'anesthésie était faite sous anesthésie locale.
Il drainait à l'époque une clientèle de tous niveaux sociaux offrant souvent ses services gratuitement aux patientes sans revenu.
Sa notoriété était étendue à toute l'Europe et le fameux nez Claoué « petit nez à la parisienne » était la chirurgie la plus pratiquée à l'époque à la clinique Alphand. Aujourd'hui la clinique conserve la mémoire des premiers Claoué.

Deux enfants de Bernard Claoué, Béatrice et Emmanuel, sont chirurgiens esthétiques et continuent de tenir la clinique créée par leur grand-père Charles.

Charles Claoué meurt le 18 février 1957 en Seine-et-Oise.

Lien : Wikipedia