Albert Singrün industriel à Epinal
Constructeur de turbines hydrauliques et machines frigorigiques


Albert Singrün 1860 - 1933


Portrait d'Albert Singrün. Dimensions 1,30m x 0.95m.

Albert Singrün est né le 13 mai 1860 à Illkirch-Graffenstaden (Bas-Rhin), fils de Benoît Singrün, industriel alsacien, et d'Henriette Frizzi issue d'une famille Suisse du côté de son père, et d'une famille d'industriels du textile du côté de sa mère. Il était le 4ème d'une fratrie de 5 enfants.

Son père Benoît Singrün avait fondé en 1870 la Société des Etablissements Singrün à Strasbourg, trois mois avant la guerre de 1870.
Ancien directeur des Ateliers de Construction de Chaudières de locomotives à Illkirch-Graffenstaden (près de Strasbourg), il décida après la guerre de 1870 de déménager sa famille et son industrie à Epinal (Vosges), ville qui était toujours en France contrairement à Strasbourg devenue allemande.
Sa nouvelle usine est localisée rue Chantraine à Epinal, au-dessus de la gare. En 1877 l'usine n'emploie que 12 ouvriers, mais le développement s'accélèra à partir de 1886.

Benoït Singrün 1831-1912

En 1886 Benoît Singrün décide d'associer à son entreprise ses fils Albert, âgé de 26 ans, et Joseph, âgé de 30 ans.
Le nouveau nom de l'entreprise est B. Singrün & Fils. Puis en 1890 Benoît Singrün âgé de 59 ans décide de se retirer de l'affaire; la société devient Singrün Frères.







Le développement de l'usine fut alors fulgurant. Les frères Singrün décidèrent alors de construire une nouvelle usine sur un plus grand terrain de 23 hectares au nord de Golbey, avec l'avantage d'un raccordement à la voie ferrée et au canal fluvial.
Les premières "cités Singrün" sont alors construites pour loger les ouvriers.
En 1901 la société devient une Société Anonyme sous le nom de Société des Etablissements Singrün.
L'usine comptait 120 ouvriers en 1909, 172 en 1911, puis plus de 200 ouvriers.
Pendant la première Guerre Mondiale, l'usine convertit son activité pour fabriquer des obus.
Le capital de l'entreprise passe ensuite de 1 500 000 francs à 3 millions de francs, avec comme actionnaires :

Joseph Singrün, qui était à la fois maire de Golbey et qui dirigeait l'usine, décède en 1921. Robert Fellmann et Albert Singrün continuent l'entreprise jusqu'en 1929.
Les activités sont finalement transférées à Tarbes, proche des Pyrénées où les besoins en turbines hydrauliques sont plus importants pour la production d'électricité.
En 1931 les locaux de Golbey sont rachetés par une société d'alimentation "La Jeanne d'Arc".







Cartes postales des usines Singrün à Golbey



Des cités Singrün avaient été construites proches des usines afin de faciliter le logement des ouvriers.






Carte postale des cités Singrün, 2ème quartier. On remarque sur cette carte la faute d'orthographe dans le titre Singrüm au lieu de Singrün,
et la plaque de rue à gauche inscrite "Cités Singrün". Cette plaque est aussi visible sur la première carte postale des cités Singrün ci-dessus, c'est probablement la même rue.


Carte postale des usines Singrün à Golbey datée du 30/01/1917
On aperçoit les cités Singrün sur la droite.



Vue générale des usines et cités Singrün à Golbey



Les activités principales des usines Singrün sont la fabrication de deux systèmes mécaniques :


Pour élaborer sa machine frigorifique, Albert Singrün s'est associé avec l'abbé Marcel Audiffren, ingénieur, qui a inventé et déposé un brevet pour sa machine.

L'abbé Marcel Audiffren



Histoire de l'invention de la machine frigorifique.

Au début du Xxème siècle, les ingénieurs thermiciens cherchèrent une solution permanente aux problèmes de fuite des systèmes de réfrigération. Le liquide réfrigérant avait tendance à fuir des compresseurs. Le besoin en systèmes plus petits était de plus en plus important, arrêter les fuites devenait indispensable, et les concepteurs eurent des idées novotrices pour y remédier. Leur solution la plus efficace fut de développer des compresseurs réfrigérants hermétiques, mais ce triomphe n'a pas éclaté tout de suite. Cet article va vous montrer l'évolution de ces nombreuses idées, qui ont abouti à un système fiable vers 1940.

Le premier congrès international sur la réfrigération
Paris la Sorbonne, le 10 octobre 1908

Une petite démonstration de machines réfrigérantes est organisée, la grande nouveauté est la machine tournante Audiffren, montrée par M. Albert Singrün.
Son inventeur, l'abbé Marcel Audiffren, explica en détail ce qui ressemblait merveilleusement à une machine à fabriquer de la glace efficace et simple. Fonctionnant à l'électricité, la machine utilise le dioxyde de souffre comme réfrigérant, contenu dans un récipient hermétique. Aucune recharge n'est nécéssaire, les fabricants après trois ans d'expérience affirmant qu'une machine fonctionnerait pendant 20 ans sans être rechargée.

Après avoir lu le rapport de l'exposition du tout premier système de réfrigération à vapeur comprimée étanche qui ait été un succès, un système réfrigérant ne nécessitant pas d'ajout supplémentaire de réfrigérant pendant sa vie opérationnelle, une telle innovation était vraiment une grande nouvelle en 1908. Personne n'avait pu accomplir un tel exploit auparavant. Et cette innovation allait révolutionner la réfrigération.

L'âge de néandertal pour la réfrigération

Bien que l'industrie de la réfrigération ait semblé progresser à la fin du XIXème siècle, son développement était primitif au regard de notre technologie actuelle. Il n'y avait que peu de machines capables d'être utilisées à domicile ou dans les commerces. Les plus grandes machines, utilisées principalement pour le stockage à basse température et la fabrication de glace pilée, fonctionnaient à partir de moteurs à vapeur, contrôlés manuellement, et fuyant constamment de l'ammoniaque. Bien que la demande en systèmes plus petits était pressante, personne ne semblait capable d'adapter les gros systèmes de réfrigération pour des usages domestiques et commerciaux. Il y avait plusieurs raisons à cela.


Tous ces obstacles à la fabrication de petites machines étaient combattus par les ingénieurs avec enthousiasme.

Les nouveaux moteurs électriques commencèrent à remplacer les moteurs à vapeur, puis les thermostats pouvaient alors fonctionner, et l'automatisation se mit en place. Mais les fuites de réfrigérant restaient une plaie non résolue. On tenta de rendre les compresseurs hermétiques à partir de 1890.


Les compresseurs hermétiques à moteurs externes
La machine réfrigérante d'Audiffren-Singrün



Marcel Audiffren, moine sistércien et professeur de physique, conçut la première machine qui résolvait le problème des fuites de réfrigérant.
Il invanta au début des années 1890 un curieux appareil utilisant deux coques rotatives dans lesquelles était contenu un système réfrigérant complet.



L'appareil était utilisé dans plusieurs pays en 1895. En 1903, une version améliorée était commercialisée par les Etablissements Singrün à Epinal. La machine, appelée la machine réfrigérante d'Audiffren-Singrün, fut introduite aux Etats-Unis dès la première année, mais ne fut pas fabriquée là bas avant 1911. A partir de ce moment là, les droits et brevets avaient été acquis aux Etats-Unis par C.A. Griscom. Il fit passer un contrat de vente de la machine entre la société Machine Réfrigérante Audiffren et Johns Manville. La machine était fabriquée par General Electric, par sa division Electrique de Fort Wayne dans l'Indiana. Le compresseur utilisé par cette machine, surnommée "cloche" était composé d'un cylindre oscillant, conduit par les mouvements relatifs entre la cavité rotative et la partie fixe du compresseur.



La machine réfrigérante Audiffren-Singrün était l'un des plus grands succès à usage domestique. Marcel Audiffren déposa un brevet aux Etats Unis pour sa machine réfrigérante en 1895. Audiffren apporta des améliorations, en collaboration avec Albert Singrün, à la première version de sa machine, et déposa un autre brevet en 1908. Un groupe d'américains acheta les droits du brevet et constitua la société Américaine Machine Réfrigérante Audiffren. General Electric fabrica la machine, et la société Johns-Manville la commercialisa. La première machine fut vendue en 1911 et entre 150 et 200 unités ont été fabriquées chaque année jusqu'à 1928.


Brevet déposé au Luxembourg en 1928, Audiffren - Singrün





Exposition universelle de 1900, établissements Singrün






Publicité pour les établissements Singrün dans un journal




Machine hydraulique Singrün à l'Ecole Centrale Paris en 1921


Source : BnF

Publicité du 22/02/1913 pour le Frigorigène

Le Frigorigène était commercialisé par la société "Société d'Applications Frigorifiques" qui utilisait le brevet Audiffren-Singrün.







Centrale hydroélectrique des Ponts Neufs à Morieux (Côtes d'Armor)

Les deux turbines hydrauliques, de type Francis, à axe horizontal sont alimentées par une chute d' eau qui mesure 11, 60 m de hauteur brute. Avec un débit de 3, 15 m3 par seconde, l' une présente une vitesse moyenne de 426 t/mn, tandis que la seconde, double, avec un débit de 1, 70 m3 par seconde, présente une vitesse de 570 t/mn. Le principe de ces turbines à axe horizontal d' origine américaine, diffère des turbines traditionnelles françaises, par le fait que l' eau entre par les côtés et se dirige vers l' axe central de rotation. Initié par Samuel B. Howd vers 1840, ce type de roue centripète, ultérieurement transformé par James B. Francis, s' adapte particulièrement bien aux moyennes et aux basses chutes. La particularité de ce type de turbine est de combiner le trajet centripète du courant d' eau avec une alimentation par bâche hélicoïdale, provoquant un écoulement axial à l' intérieur du rotor. Situées au rez-de-chaussée de la salle des machines, ces turbines ont pour rôle de transformer l' énergie hydraulique en énergie mécanique. La prise d' eau consiste en une galerie aménagée sous la route, laquelle constitue le barrage séparant la retenue d' eau de la centrale. L' eau est acheminée sur les aubes des turbines dans deux conduites forcées avec répartiteur, longues de 25 m. Lorsque la turbine est en rotation, l' arbre moteur horizontal transmet le mouvement à l' alternateur situé dans son prolongement, chargé de transformer cette énergie mécanique en énergie électrique. Le transfert du mouvement est régulé par un volant d' inertie dont le rôle est de stabiliser la tension de sortie ; il est placé entre la turbine et l' alternateur.

Construites à Epinal par l' entreprise Singrün, les deux turbines hydrauliques, de type Francis, ont été installées neuves dans la centrale hydroélectrique des Ponts Neufs restructurée et modernisée en 1920. Propriété d' EDF, elles sont toujours en activité.

Autre photo issue du CATALOGUE TURBINE HYDRAULIQUE HERCULE- SINGRUN à EPINAL



Albert Singrün à Epinal

Albert Singrün

Documentation sur le Frigorigène.










Documentation sur le Frigorigène.













Story Instagram sur Albert Singrün., réalisée en 2020 par une professeure documentaliste au lycée Pierre Mendès France d'Epinal :



Reportage TV sur les usines Singrün



Vidéo d'une turbine Singrün






Vie personnelle d'Albert Singrün

Adresses successives :
DateEvènementAdresseVilleDépartement
13/05/1860NaissanceIllkirch-GraffenstadenBas-Rhin (67)
1861Recensement10 rue des Ouvriers, Cité ouvrièreIllkirch-GraffenstadenBas-Rhin (67)
1866Recensement51-59 rue des JuifsIllkirch-GraffenstadenBas-Rhin (67)
1886RecensementChantraineEpinalVosges (88)
27/06/1893MariageChantraineEpinalVosges (88)
10/04/1894Naissance de son enfant mort-nérue de ChantraineEpinalVosges (88)
09/05/1894Mariage de Joseph SingrünEpinalVosges (88)
19/06/1895Naissance de sa fille Marguerite6 rue de ChantraineEpinalVosges (88)
1896RecensementChantraineEpinalVosges (88)
12/06/1897Naissance de sa fille Isabelle1 Côte CabicheEpinalVosges (88)
1901Recensement1 Côte CabicheEpinalVosges (88)
1906Recensement1 Côte CabicheEpinalVosges (88)
1911Recensement1 Côte CabicheEpinalVosges (88)
1921Recensement12bis rue ThiersEpinalVosges (88)
1926Recensement1 avenue de la Loge BlancheEpinalVosges (88)
06/12/1933Décès1 avenue de la Loge BlancheEpinalVosges (88)


Albert Singrün épousa en 1893 Marie Zürcher, issue d'une famille d'industriels du textile à Cernay dans le Haut-Rhin. Cette famille Zürcher est aussi connue par Amélie Zürcher (1858-1947), cousine de Marie Zürcher, qui avait découvert la potasse en Alsace en 1894.

Ils eurent d'abord un garçon mort-né en avril 1894, puis deux filles Marguerite en 1895, et Isabelle en 1897.

Albert Singrün avait acquis deux vignobles en Gironde. En suivant les liens ci-après vous pourrez voir plus d'information :
Il commercialisait sa production de vin, et ses filles pouvaient profiter du château pour y passer des vacances leur mère, leur tante et leurs cousins.
Voici une carte postale de 1907 où l'on voit Marie Zürcher et ses deux filles Marguerite Singrün et Isabelle Singrün près de l'abreuvoir, jouant avec les canards.



Voici une autre carte postale prise dans le jardin du château, où l'on aperçoit Marie Zürcher, ses deux filles, une servante et Albert Singrün à droite du portail.